Une ville intelligente : ça se traduit comment sur le terrain?

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Sehl Mellouli, professeur, systèmes d’information organisationnels, Université Laval

Je vais donner trois exemples de projets; deux qui utilisent la technologie et un qui n’utilise pas la technologie pour voir un peu comment se définit une ville intelligente.

Des conteneurs efficacement contrôlés

J’ai assisté, dans un autre pays, à une démonstration de contrôle des conteneurs qui arrivent dans un port. C’est impressionnant parce que ces contrôles se font en l’espace de 45 minutes. Donc, nous sommes dans un espace où il y a des caméras partout, avec des contrôleurs. Des caméras sont également installées sur les routes du port. Quand un camion va chercher un conteneur sur un bateau, il roule sur une de ces routes où plusieurs capteurs sont placés de part et d’autre. Ces capteurs contrôlent le contenu du conteneur. Si les caméras détectent quelque chose à l’intérieur du conteneur, on va dire au conducteur du camion, une fois qu’il sera à la sortie du port, de passer au contrôle. Si les caméras n’ont rien détecté, on va laisser sortir le camion et son chargement. Voilà un exemple d’une activité économique qui, au lieu de prendre 1h, 1h15 ou 1h30, est réalisée en 45 minutes. Cela engendre un gain de temps, une meilleure efficacité, une diminution des coûts, et cette activité économique devient ainsi très efficiente. Ça, c’est le premier exemple où la technologie est utilisée pour améliorer une activité économique.

Une collecte de neige optimisée

Le deuxième exemple, au Québec, est un projet sur lequel nous avons travaillé, ici, à l’Université Laval. C’est un projet avec une entreprise privée qui travaille sur l’optimisation des opérations des souffleuses, de la collecte de neige. Les camions sont affectés de manière dynamique aux différentes souffleuses, et les souffleuses sont munies de capteurs pour voir quelle est la qualité de la neige, la quantité de sel dans le sol, la qualité du sol, etc. Cela permet aux villes de réduire jusqu’à 30% les coûts des activités de collecte de neige, ce qui représente des centaines de millions de dollars si on regroupe toutes les villes du Québec.

Une organisation policière plus performante

Le troisième exemple en est un où la technologie n’est pas utilisée. C’est dans une ville où le taux de criminalité est assez criant dans un quartier en particulier. La police a augmenté le nombre de patrouilles au maximum, et le taux de criminalité n’a jamais diminué. La solution trouvée a été de travailler conjointement avec les citoyens. En effet, la police s’est dit qu’il n’y avait pas de meilleurs intervenants que les résidents, qui connaissent leur quartier. Alors, elle a travaillé avec les citoyens pour voir quels sont les coins les plus chauds du quartier et pourquoi ce sont dans ces coins qu’il y a le plus de criminalité. Ensuite, la police et les citoyens se sont organisés pour combattre cette criminalité avec la mise en place de lignes téléphoniques et de réaménagements, tous proposés par les citoyens. En fin de compte, ça a diminué le taux de criminalité d’à peu près 25% dans le quartier. On voit donc que la technologie est une composante importante, mais qu’elle n’est pas primordiale au développement d’une ville intelligente. Une ville intelligente, en fin de compte, c’est une conception de comment on veut résoudre un problème social ou économique, avec ou sans technologie!